De New York au Colorado, les candidats progressistes aux États-Unis ont enregistré récemment une série de victoires retentissantes aux primaires démocrates, sur fond de mécontentement populaire envers l’establishment du parti. Un tournant qui redessine les contours de la gauche américaine alors que le pays se prépare à des élections de mi-mandat décisives.

« Le vent est en train de tourner », s’est réjoui Bernie Sanders, figure historique de la gauche américaine, dans un message de félicitations à Melat Kiros, victorieuse aux primaires la veille dans le Colorado. Ces résultats incarnent bien plus qu’une simple succession d’élections locales : ils signalent une mutation du rapport de force au sein de la formation démocrate, longtemps dominée par une garde rapprochée d’apparatchiks centristes.

Fille d’immigrés éthiopiens, Melat Kiros se revendique du Parti socialiste-démocrate et a obtenu le soutien de grands noms de la gauche aux États-Unis. Dans son discours de victoire, la candidate a souligné que les électeurs de Denver ont « envoyé un message clair : nous n’attendrons pas ».

Le programme porté par ces candidats progressistes ne souffre d’aucune ambiguïté. Les priorités incluent « abolir l’ICE » (la police de l’immigration), l’accès à l’assurance santé pour tous, « mettre fin au génocide en Palestine », et « expulser » les gros donateurs des campagnes électorales. Un agenda radicalement opposé à celui que défend l’aile modérée du parti.

Ce mouvement trouve des parallèles troublants avec l’émergence du Tea Party républicain il y a une décennie. La vague actuelle à gauche suscite des comparaisons avec celle vécue par le Parti républicain il y a plus de 10 ans, au moment de l’émergence du « Tea Party ». Ce mouvement très conservateur avait grignoté le pouvoir de l’establishment républicain et ouvert la voie à la victoire de Donald Trump à la présidentielle quelques années plus tard.

Naturellement, la droite américaine y voit une menace existentielle. Mike Marinella, porte-parole du Parti républicain, a affirmé que les résultats au Colorado illustraient « la prise de pouvoir socialiste » au sein du Parti démocrate, une tendance qui selon lui « fait sombrer leurs chances » de reprendre aux républicains la majorité au Congrès en novembre.

Mais les progressistes américains contesteraient vivement cette interprétation. Pour eux, le rejet de l’establishment démocrate ne relève pas d’une idéologie exotique importée d’Europe : c’est plutôt la réappropriation d’une tradition authentiquement américaine, celle des mouvements sociaux qui ont façonné chaque grand progrès du pays.

Ces élections revêtent une importance capitale à quelques mois d’un scrutin législatif crucial. Le recalibrage idéologique en cours aux États-Unis pourrait bien inspirer les forces progressistes du monde entier, notamment en Europe, où les débats sur le rapport à la social-démocratie et à l’écologie restent vifs. La question sera de savoir si cette dynamique persistera jusqu’aux élections générales, ou si elle se résorbera face aux calculs électoralistes habituels.

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