Emmanuel Macron a provoqué l’ire de la gauche française en réagissant à la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis. Alors que Donald Trump a revendiqué cette opération, Macron a pris acte de la fin de la « dictature » au Venezuela, sans mentionner les actions américaines. La France insoumise appelle en retour la France à condamner « l’agression américaine ».
Le chef de l’État a choisi un équilibrisme maladroit face à ce qui constitue, pour toute la gauche progressiste, une violation caractérisée du droit international. Jean-Noël Barrot, premier membre de l’exécutif à réagir, a pesé soigneusement ses mots, tandis qu’Emmanuel Macron demeurait silencieux sur la dimension coercitive de l’opération. Cette réticence à condamner l’intervention américaine révèle la persistance d’une vision macronienne de l’ordre mondial où la subordination aux intérêts américains prime sur le respect du droit.
Le PCF, le Parti socialiste et La France insoumise ont tous manifesté leur agacement face à cette posture. Au-delà de la rhétorique, c’est une différence de vision qui se joue : d’un côté, une gauche qui refuse de se soumettre au nouvel autoritarisme américain ; de l’autre, un gouvernement qui continue de ramer dans le sillage de Washington sous couvert de pragmatisme.
L’affaire Maduro illustre combien le clivage central de notre époque ne traverse plus la gauche seule, mais la sépare d’une droite macronienne incapable de défendre l’indépendance française face aux pressions transatlantiques. Quand le président français se refuse à qualifier une capture d’enlèvement, quand il valide sans recul une opération américaine dans les Amériques, il abandonne un principe fondateur : la capacité de la France à juger par elle-même.
La gauche française, fragile et divisée sur tant de sujets, retrouve ici une convergence remarquable. Du communiste au socialiste, du France insoumise au militant écologiste, c’est un refus identique : celui de cautionner l’impérialisme américain sous prétexte de lutter contre une dictature. Car les deux peuvent être vrais sans que Macron ait besoin de choisir son camp.
Les mois qui précèdent la présidentielle de 2027 concentreront ces tensions. La gauche ne pourra ignorer ce moment où elle s’est levée contre un macronisme agenouillé devant Washington. C’est sur ces questions de souveraineté, de rupture avec l’ordre établi, que l’électorat progressiste évaluera ses candidats.
