Octobre sera décisif, ou du moins c’est ce que promet la gauche française. Après des mois de négociations chaotiques et de ruptures symboliques, le Parti socialiste et la gauche dite unitaire font converger leurs appels à la mobilisation autour d’un double exercice primaire. Les 9, 10, 16 et 17 octobre pour le PS, le 11 octobre pour la gauche au-delà des socialistes : la machine électorale se met en route, censée enfin clarifier le paysage fragmenté qui plombe les perspectives progressistes avant le scrutin présidentiel d’avril 2027.
Or, cette apparence d’ordre cache un malaise structurel dont aucune primaire ne peut guérir tant qu’il persiste. La gauche annonce l’unité en la scénographie électorale des primaires, mais ruse avec le jeu : Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann refusent toute participation à un tel scrutin. Comment construire une candidature commune quand les deux figures majeures, celle de la France Insoumise à gauche et celle de Place Publique au centre-gauche, dédaignent le mécanisme censé arbitrer les ambitions?
La fracture des stratégies
La mécanique révèle les fractures profondes au sein du bloc progressiste. Le Nouveau Front populaire se fragilise progressivement en raison de divergences stratégiques entre ses composantes, notamment entre le Parti socialiste et La France insoumise, concernant la stratégie parlementaire et les conditions d’une union durable de la gauche. Ces désaccords, loin de s’apaiser, structurent désormais la préparation de 2027.
Le Parti socialiste fait le pari que ses primaires internes produiront un candidat suffisamment légitime et rassembleur pour incarner la gauche gouvernementale. Mais le parti n’a rassemblé qu’à peine plus de deux millions de voix en 2017, puis seulement 600 000 en 2022 : l’enjeu de redynamiser une base électorale épuisée pèse lourd sur l’exercice. Quant à la gauche unitaire engagée dans sa propre primaire le 11 octobre, elle tente de rassembler autour d’une plateforme commune tous ceux qui refusent le clivage PS/Insoumis, mais sans les deux figures de proue du camp : c’est un exercice d’unité amputé de sa tête politique.
L’absence comme présence
Le refus de Mélenchon et Glucksmann de participer n’est pas une simple querelle de procédure. C’est une déclaration : chacun construira sa propre candidature, indépendamment du scrutin. Mélenchon, qui affronte sa quatrième élection présidentielle, n’a aucun besoin de légitimité primaire. Glucksmann, figé au centre-gauche, sait que toute victoire à une primaire de gauche ne l’aiderait pas à s’en distinguer.
La gauche française doit affronter une réalité qu’aucune forme électorale ne résout : elle n’a pas une stratégie unifiée. Elle a des candidats, des partis, des peurs différentes. Plusieurs responsables de gauche, parmi lesquels Lucie Castets, Olivier Faure, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin et Benjamin Lucas, soutiennent l’idée d’une candidature commune. Mais du soutien à l’acte il y a un gouffre, et c’est dans ce gouffre que s’enfoncent les primaires d’octobre.
La vraie question n’est pas qui gagnera la primaire, mais si celle-ci produira autre chose qu’une illusion d’unité destinée à masquer un désaccord fondamental sur la route à suivre après 2027. Et sur ce point, les refus de participation apportent une réponse cinglante : non, les primaires ne suffiront pas.
