À sept mois de la présidentielle, la majorité macroniste n’existe plus que sur le papier. Sébastien Lecornu, nommé Premier ministre en septembre dernier après le carnage de l’été, doit affronter un Parlement aux mains de personne. Le budget 2027 devient l’ultime test de viabilité d’une exécutive que personne ne soutient vraiment.

La chaîne des sacrifices gouvernementaux

Le gouvernement précédent a été renversé le 9 septembre 2025 à l’issue d’un vote de confiance, avant la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon. Entre censures imminentes, démissions forcées et cette succession de Premiers ministres depuis la dissolution macronnienne de 2024, c’est une véritable agonie qui se dessine. Chaque figure gouvernementale devient un simple pion sacrifié. Lecornu n’a pas vraiment choisi son poste: il en a hérité d’une délégation de crise que personne ne voulait vraiment endosser.

Le cauchemar budgétaire qui se profile illustre l’absurdité du système actuel. Cette succession de gouvernements minoritaires s’accompagne d’un ralentissement de l’activité législative, l’exécutif s’appuyant davantage sur les propositions de loi d’origine parlementaire ainsi que sur le Sénat et les commissions mixtes paritaires pour faire adopter des textes. Autrement dit: l’État est paralysé. On gouverne par bricolage, par contournement, sans majorité véritable.

Une fracture systémique au cœur de la République

Cette séquence d’instabilité parlementaire et gouvernementale structure le contexte politique dans lequel se prépare l’élection présidentielle de 2027. Voilà ce que le macronisme a construit: une institution en ruine, incapable de fonctionner, où les réformes nécessaires sont bloquées et où les défis urgents (services publics décimés, école effondrée, crise environnementale) demeurent sans réponse durable.

Cette impasse gouvernementale révèle bien plus qu’une crise de majorité. Elle expose le projet macroniste dans toute sa faiblesse: une pensée centriste vidée de substance, se cherchant entre le libéralisme économique et des positionnements sociétaux en trompe-l’œil, incapable de proposer une vision crédible aux Français confrontés à une stagnation économique, une école en ruine et une planète qui s’embrase. Le résultat: un vide du pouvoir.

La gauche face à son heure de vérité

Ce chaos n’est pas une fatalité. Il est la conséquence d’un modèle éculé qui a dominé la droite française pendant deux décennies. Pour la gauche, il y a là une opportunité historique: celle de montrer qu’une autre politique est possible, qu’elle peut rebâtir l’État français, reinvestir dans les services publics, donner une réponse cohérente à la crise climatique et aux inégalités.

Mais le temps s’accélère. Dans quelques mois, les Français vont choisir. La gauche doit parler d’une seule voix sur les vraies questions: l’emploi massif pour le climat, l’école, la santé, une fiscalité enfin équitable. Elle doit proposer un projet radical, au sens premier: enraciné dans l’urgence sociale et écologique, avec des mesures concrètes et non des promesses creuses.

Le gouvernement Lecornu ne tient que par l’inertie. Chaque jour qui passe le rapproche de son dénouement. La vraie question n’est pas de savoir quand il tombera, mais ce que la gauche construira une fois que ce régime épuisé se sera effondré.

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