Les écologistes ont adopté une motion actant un vote des adhérents en décembre sur leur stratégie présidentielle, tandis que Marine Tondelier reste la candidate du parti et la direction ouvre des négociations avec les autres forces de gauche. Ce tournant intervient dans un contexte où la fragmentation du camp progressiste devient chaque jour plus préoccupante.
La décision du conseil fédéral d’EELV, approuvée à plus de 69%, révèle une formation politique consciente de l’enjeu existentiel qui l’attend. Marine Tondelier poursuit sa partition sur le thème de l’unité de la gauche, tandis que l’échec de la primaire lancée avec Olivier Faure, Clémentine Autain et François Ruffin, la confirmation de la candidature Fabien Roussel et la dynamique autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon devraient pousser les écologistes à faire un choix à un moment donné.
Le scrutin de décembre ne sera pas une simple formalité. Les adhérents écologistes devront trancher sur une question qui hante l’ensemble du camp progressiste : comment construire une alternative crédible au moment où les forces du changement demeurent profondément divisées ? La France insoumise campe sur ses positions et son leader, les socialistes multiplient les primaires, les communistes défendent leur candidat, tandis que Place Publique tente des alliances transversales. Face à cet éparpillement, les écologistes disposent d’une opportunité stratégique souvent sous-estimée.
Les trois quarts des électeurs insoumis et deux tiers des électeurs socialistes refusent une alliance, les deux forces étant renvoyées à des espaces distincts par leurs propres électorats. Ce constat glacial montre pourquoi le rôle des écologistes est crucial. Ni trop radicaux, ni trop modérés, ils incarnent une voie médiane capable potentiellement de rassembler les progressistes au-delà de leurs clivages idéologiques.
Le calendrier joue en faveur des écologistes. En repoussant le choix de Tondelier à décembre, le parti gagne du temps pour négocier avec les socialistes, observer l’évolution interne de La France insoumise, et évaluer les chances réelles d’une gauche unie. Les sénatoriales du 27 septembre constitueront un test décisif. Les résultats fourniront des indicateurs quant à la mobilisation réelle du vote progressiste et à la géographie électorale de chaque formation.
Mais il ne faut pas se faire d’illusions. Les écologistes seuls ne peuvent pas refonder l’unité de gauche. Ils ne constituent que l’une des pièces d’un puzzle mille fois fragmenté. La vraie question n’est donc pas ce que voteront les adhérents d’EELV en décembre, mais plutôt ce que chacun des autres acteurs de gauche acceptera de céder pour construire ensemble. Un mouvement insoumis acceptera-t-il de renoncer au mythe de sa majorité électorale ? Des socialistes reconnaîtront-ils que leur primaire interne n’a que divisé davantage ? Les communistes consentiront-ils à disparaître du paysage pour une alliance de second tour ?
À sept mois du scrutin présidentiel, ces questions demeurent sans réponse. Le vote des adhérents écologistes en décembre marquera un jalon, mais rien de plus. Il faudra bien d’autres négociations, et probablement bien des déceptions, pour que la gauche progresse enfin du statut de coalition fragmentée à celui de force politique organisée capable de conquérir le pouvoir.
