La gauche française affronte un nouveau test d’unité : le 23 septembre, les candidats à la primaire du PS et de Place publique – Raphaël Glucksmann, Emmanuel Maurel, Ségolène Royal, Olivier Faure et Jérôme Guedj – se sont affrontés lors d’un débat sur LCI à Boulogne. Un premier débat qui n’a fait que confirmer les fractures structurelles qui divisent l’espace social-démocrate à moins de six mois de la présidentielle.
La question de l’alliance avec La France Insoumise aux législatives s’est imposée comme le grand fossé du débat. Les cinq candidats se sont violemment affrontés sur la question d’une éventuelle alliance avec LFI aux législatives. Un désaccord fondamental qui illustre le gouffre stratégique au sein de la gauche modérée, alors que d’autres formations progressistes ont déjà tranché sur la question de l’unité.
Gaza, Ukraine, la gauche sous tension
Au-delà des enjeux de tactique électorale, c’est sur la géopolitique que les tensions se sont cristallisées. Ségolène Royal a été mise en difficulté sur ses positions sur la guerre en Ukraine et le conflit israélo-palestinien. Ces désaccords ne sont pas anodins : ils révèlent l’absence de colonne vertébrale idéologique commune chez les sociaux-démocrates, incapables de se projeter sur une vision cohérente de la politique étrangère française.
Pendant ce temps, le scandale continue de frapper le parti : Philippe Brun, la justice ayant rejeté à deux reprises mercredi sa demande de réintégration dans la primaire, a été suspendu à titre conservatoire du Parti socialiste après des accusations de violence contre une ancienne collaboratrice. Un épisode qui souligne les dysfonctionnements internes qui paralysent les institutions de la gauche.
Un calendrier serré, une urgence diluée
Le premier débat a lieu le 23 septembre et est diffusé sur LCI. Le deuxième est prévu le 1er octobre sur France 2 et France Inter, et le dernier le 4 octobre sur BFM TV. L’un des cinq candidats sera désigné par les militants, les 9-10 et 16-17 octobre, comme le représentant de la gauche social-démocrate à la présidentielle.
Ce calendrier compressé ne peut masquer une réalité dérangeante : tandis que les socialistes débattent entre eux, le reste de la gauche peine à construire une alternative progressiste d’envergure. Alors que le gouvernement prépare un plan d’économies budgétaires inédit et que les divisions à gauche persistent, les candidats à la primaire sociale-démocrate défendent une autre voie, mais sans parler d’une seule voix.
La gauche française reste prisonnière d’elle-même. Entre débats décentralisés et luttes internes, elle accumule retards structurels face à des enjeux qui n’attendent pas : crise climatique, inégalités massives, fin d’un ordre multilatéral. Le scrutin de la primaire socialiste tranchera peut-être une querelle de personnes. Il ne résoudra pas l’absence d’une stratégie audacieuse et rassembleuse.
