Le Sénat a adopté vendredi 3 juillet un projet de loi d’urgence agricole dans une version nettement modifiée par la droite pour lever les contraintes au métier d’agriculteur. Ce vote de 219 voix contre 111 intervient en pleine débâcle environnementale, signant un tournant alarmant pour l’écologie politique en France.
Le texte représente bien plus qu’un simple assouplissement réglementaire. La version des sénateurs comporte de nombreux assouplissements aux contraintes environnementales ainsi qu’un volet très abrasif sur la réintroduction dérogatoire de certains pesticides interdits. En clair, la droite sénatoriale entend faire revenir des insecticides toxiques que la science avait bannis. L’acétamipride avait été jugée contraire à la Constitution en août 2025 dans le cadre de la loi Duplomb, et comme pour ce nouveau projet, ce texte soutient le retour de cet insecticide de la famille des néonicotinoïdes, contraire à la Charte de l’environnement et interdit en France depuis 2018 en raison de sa nocivité vis-à-vis des pollinisateurs.
Déjà, cette première loi Duplomb avait déclenché un raz-de-marée d’opposition. Ce dossier avait fracturé la classe politique et mobilisé les foules l’année dernière, avec une pétition rassemblant plus de deux millions d’opposants. Rappel salutaire que les citoyens ne se laissent pas faire. Aujourd’hui, la droite remet le couvert, telle une bête obsédée.
L’écologie sacrifiée sur l’autel du productivisme
Le projet ne se limite pas aux pesticides. Le projet de loi réintroduit le recours à certains pesticides et assouplit les conditions de stockage de l’eau, des modifications qui ont provoqué la colère de la gauche. Pire encore : les sénateurs ont revu la définition des zones humides, que la droite sénatoriale estime trop nombreuses, et ont allégé les contraintes qui pèsent sur les zones humides fortement dégradées.
Le choix est devenu cristallin. Face aux enjeux de climat et de biodiversité, la majorité droite-centriste au Sénat opte pour l’intensification productiviste. Un triomphe du court-termisme sur la survie des pollinisateurs, des écosystèmes et, au bout du compte, de la sécurité alimentaire elle-même. Les zones humides, ces réservoirs de vie, ne sont qu’obstacles à raser.
Syndicats agricoles contre la gauche paysanne
La fracture se creuse également dans le monde agricole lui-même. La FNSEA, syndicat agricole dominant, a salué la vision des sénateurs menés par le corapporteur Laurent Duplomb, estimant que la loi d’urgence redonnerait aux agriculteurs « un peu d’espoir ». À l’inverse, la Confédération paysanne, classée à gauche, a craint des « menaces » nouvelles pesant sur la population et une majorité de paysans.
Ce clivage mérite qu’on s’y attarde. La majorité agricole française, représentée par la FNSEA, croit au productivisme chimique comme planche de salut. Les paysans de gauche, eux, voient dans cette recette une impasse mortifère. Qui sortira renforcé de ce choc idéologique?
L’adoption définitive en doute
Reste un obstacle de taille : une commission mixte paritaire réunissant 14 députés et sénateurs sera chargée le 16 juillet d’accorder les points de vue des deux chambres, et les négociations s’annoncent très tendues entre une gauche vivement opposée au texte, une droite et un Rassemblement national déterminés à aller plus loin dans la levée des entraves et un camp macroniste fracturé sur les questions environnementales.
Ces modifications menacent l’adoption définitive du texte. Le gouvernement, pris entre le marteau des écologistes et l’enclume des lobbies agricoles, fait grise mine. Mais la droite sénatoriale tient bon : elle a goûté à l’ivresse du pouvoir réglementaire et n’entend pas lâcher.
Dans trois semaines, le sort de l’écologie française pourrait basculer. La gauche doit se battre, sans faire de concessions sur le fond. Il n’existe pas de compromis avec l’empoisonnement.
