À neuf mois de la présidentielle de 2027, la gauche tente une nouvelle fois de se unifier par la base électorale. Une primaire unitaire est annoncée pour le 11 octobre 2026, censée désigner un candidat fédérateur capable d’affronter la campagne présidentielle.
Sauf que cette initiative porte en elle les germes de sa propre paralysie. Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann refusent toute participation à ce scrutin. Une absence doublement dommageable pour un projet unitaire: Mélenchon incarne la gauche radicale et bénéficie d’une audience importante parmi l’électorat progressiste, tandis que Glucksmann représente la tendance social-libérale du PS modernisé.
Au Parti socialiste lui-même, la fracture s’aggrave. Olivier Faure est confronté à l’hostilité de son opposition interne, tandis que les figures du parti se divisent sur la stratégie optimale pour 2027. Les militants socialistes décident d’embarquer leur parti dans une primaire réservée aux seuls adhérents du PS et de Place publique, un processus selon ses détracteurs taillé pour Raphaël Glucksmann, qui met Olivier Faure en minorité dans son propre parti.
Un Nouveau Front populaire en miettes
Le Nouveau Front populaire, cette alliance conclue en 2024 pour les législatives anticipées, n’a jamais vraiment survécu à cette élection. Depuis 2025, plusieurs responsables de gauche, parmi lesquels Lucie Castets, Olivier Faure, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin et Benjamin Lucas, soutiennent l’idée d’une candidature commune, mais leur mobilisation tarde à porter ses fruits.
Le Parti communiste français, dirigé par Fabien Roussel, exclut également l’idée d’une primaire, chacun défendant jalousement ses prérogatives et son autonomie stratégique. Les Écologistes, pourtant mobilisés pour bâtir un programme robuste, demeurent en attente de clarifications sur le format de la candidature progressiste.
Un pari risqué sur l’unité
Mettre en place une primaire en l’absence des principales figures de la gauche constitue un exercice périlleux. Mélenchon et Glucksmann, en refusant de s’engager, signalent d’emblée que nul consensus ne sera acceptable pour tous. À l’inverse, participer aurait pu les contraindre à accepter un candidat qui ne serait pas eux-mêmes.
La gauche se retrouve ainsi enfermée dans un dilemme classique: sans unité, elle s’affaiblit face à la droite macroniste et à l’extrême droite désormais en ordre de marche; mais imposer l’unité par le haut conduit à des fragmentations qui sapent son objectif même. Le 11 octobre verra-t-il émerger une candidature crédible capable de rassembler ces forces divergentes? Les signaux reçus jusqu’à présent suggèrent plutôt que les murs se renforcent.
