Ce 11 octobre 2026, la gauche se retrouve aux urnes pour trancher un débat qu’elle n’a jamais vraiment su résoudre : celui de son unité. À travers cette primaire citoyenne, les Écologistes, le Parti socialiste en partie, Debout et L’Après tentent de donner un visage unique à leur projet présidentiel. Un ultime sursaut face au morcellement qui caractérise toute cette séquence politique.

Cette élection primaire vise à désigner un candidat commun des Écologistes et de Debout, sous la bannière du Front Populaire 2027 issu du serment de Bagneux de juillet 2025. La primaire se tiendra en présentiel et en ligne, avec un bureau de vote prévu dans chaque canton de France métropolitaine et dans les départements et régions d’outre-mer.

Mais l’exercice cristallise les blessures d’une gauche incapable de se rassembler. En excluant de fait La France Insoumise du processus, les organisateurs cherchent à construire une offre de gauche qui ne serait pas plombée par l’effet repoussoir de Mélenchon. Calcul cynique ou stratégie de raison ? La question demeure suspendue. Toujours est-il que cette absence volontaire ampute d’emblée le projet de sa légitimité revendicatrice.

Une gauche qui se déchire avant même le combat

La décision de Marine Tondelier et de Fabien Roussel de conduire des candidatures autonomes renouvelle les tensions internes aux forces de gauche. Pendant que la jeunesse se mobilise massivement contre l’abandon de l’école, pendant que les lycéens occupent les établissements de manière inédite, les chefs de file progressistes s’étreignent dans des querelles de méthode qui sonnent comme des luxes de caste.

Une partie des militants privilégie une candidature autonome, estimant que celle-ci permet de porter clairement un projet distinct, tandis que d’autres plaident pour des démarches convergentes ou des accords préalables afin d’éviter une dilution des voix et d’accroître la capacité de ralliement face à la droite radicale. Le diagnostic est clair : la gauche ne parvient à s’accorder ni sur le diagnostic, ni sur le remède, encore moins sur le candidat qui les incarnerait.

Le PCF et La France Insoumise, les absents cruciaux

Cette primaire exclut Mélenchon, Glucksmann et le PCF. Une triple absence qui rend dérisoire toute prétention à l’unité. Comment prétendre fédérer la gauche progressiste sans deux des trois courants historiquement majeurs du camp ? Le stratagème de la « gauche unitaire » apparaît pour ce qu’il est vraiment : une coalition des restes, une tentative de repêchage destinée à préserver des trajectoires individuelles face au déferlement annoncé du Rassemblement national.

Pour être candidat, il faudra obtenir 500 signatures de maires et d’élus, pouvant parrainer deux à trois candidats. Un filtre qui laisse l’impression d’une instance d’appareil pensée par et pour des figures établies plutôt qu’un véritable laboratoire d’émancipation collective.

Entre espoir et déni

Cette primaire n’est pas rien : elle symbolise au moins la volonté affichée de sortir de l’anarchie. Mais elle arrive trop tard, trop fragmentée, et avec les mauvaises absences. Pendant qu’elle se tient, c’est dehors, dans les lycées et dans les rues, que se joue le vrai débat de la gauche : celui de sa capacité à incarner une rupture face à l’immobilisme macronien et à l’autoritarisme montant de la droite extrême.

Les partis progressistes ont une dernière chance : transformer cette primaire en point de départ d’une véritable convergence, non pas des états-majors alignés, mais des mouvements enracinés. Sinon, c’est le spectacle de 2027 qu’on connaît d’avance : une gauche qui se bat contre elle-même pendant que le RN se renforce. Cette course de 11 octobre en dira long sur la capacité des progressistes à tirer les leçons du chaos qu’ils ont créé.

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