Cela ressemble à une débâcle ordinaire du macronisme: face à la crise scolaire qui s’aggrave, le gouvernement tente de calmer les esprits avec des promesses creuses tandis que les jeunes français prennent les établissements à la gorge. Vendredi dernier, l’enseignement était perturbé dans près de 800 établissements, soit environ un lycée sur cinq. Une dynamique qui s’intensifie quand on pense à l’ampleur que cela représente dans une nation de plus de 3700 lycées.
Une colère justifiée que Lecornu refuse d’entendre
Les jeunes qui bloquent leurs écoles ne sont pas des fauteurs de trouble: ils sont les victimes d’un État qui a abdiqué ses responsabilités. Les élèves français ont obtenu récemment leur moins bon score au test PISA. C’est l’aveu silencieux d’une école en ruine, laissée à l’abandon par années de désinvestissement et de mépris envers la jeunesse.
Ces mobilisations portent des revendications simples mais vitales: plus de moyens pour l’éducation, un vrai plan pour le climat, une perspective pour l’avenir. Des demandes que tout gouvernement responsable prendrait au sérieux. Pas Lecornu. Son réflexe instinctif? Mettre en avant l’ordre plutôt que les causes.
La gauche prisonnière de ses divisions
Pendant que la rue respire enfin du progressisme, les candidats à la primaire de gauche ont considéré que les lycéens portaient des revendications justes, ont regretté le recours à la violence, avec Jérôme Guedj insistant sur le rôle de LFI tandis que ses rivaux ont préféré parler de la situation scolaire. Voilà toute la misère de la gauche actuelle: même quand les jeunes se lèvent pour exiger un avenir digne, la gauche se divise, se querelle, se dénonce mutuellement au lieu d’amplifier le signal.
La situation est glaçante. Les jeunes français n’attendent pas les calculs tactiques des primaires socialistes. Ils demandent une action immédiate sur l’éducation, le climat, l’emploi. Et que reçoivent-ils? Des promesses de campagne déjà oubliées et une gauche fragmentée qui ne peut même pas parler d’une seule voix sur un sujet que tout progressiste devrait défendre sans réserve.
Le gouvernement Lecornu face à son impossibilité
Ces blocages révèlent aussi l’impasse complète du gouvernement. Incapable de relancer la croissance, de repenser le modèle éducatif, de prendre les décisions nécessaires pour le climat, Lecornu se voit sommé par des adolescents de faire ce qu’il ne sait pas faire: gouverner pour les intérêts collectifs plutôt que pour les groupes d’influence.
La jeunesse française montre ainsi le chemin que la gauche devrait suivre: l’indignation active, le refus du statu quo, la certitude que rien ne changera si on ne force pas la main au pouvoir. C’est à partir de ce diagnostic que pourrait naître une véritable alternative progressiste, capable de transformer l’énergie de la rue en projet politique de rupture.
Mais pour cela, il faudrait d’abord que la gauche cesse de se dévorer elle-même et accepte que ces jeunes qui bloquent leurs écoles ne sont pas un problème à résoudre, mais un signal d’alarme qu’elle doit enfin écouter.
