François Hollande n’y va pas par quatre chemins. Quelques jours après la victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche social-démocrate, l’ancien président du pays pousse un cri d’alarme : viser large ou perdre. “L’union, ça ne peut pas être l’union des seuls socialistes”, a-t-il lancé à son camp, donnant un coup de projecteur cru sur la faiblesse structurelle du bloc progressiste français.

Le timing de cette intervention n’est pas anodin. Glucksmann a remporté le premier tour de la primaire face à ses concurrents, ce qui en principe consolide sa position de candidat de la gauche modérée pour 2027. Mais les chiffres de participation et l’analyse des scrutins parlent d’une tout autre réalité : le rassemblement de la gauche reste profondément fragmenté, et le poids politique des seuls socialistes et des macronistes convertis à la cause progressiste ne suffit pas.

Hollande avertit : il faut “élargir”. Ce n’est pas une simple exhortation stylistique. C’est une demande de mobilisation radicale auprès des écologistes, de la France insoumise restée à l’écart, des militants des territoires qui ne se reconnaissent dans aucun des candidats de la primaire social-démocrate. Tant que la gauche parlementaire sera divisée entre ceux qui ont choisi d’affronter Glucksmann en interne et ceux qui en restent hors-jeu, elle ne pourra pas peser.

Le piège du vote utile

Car l’éléphant dans la pièce, c’est que Glucksmann doit d’abord convaincre ses rivaux progressistes. Il y a clairement un effet vote utile en faveur de Glucksmann, constatait une analyste politique après son succès. Le vote utile peut sembler flatteur, mais il dissimule une dure vérité : beaucoup votent pour lui faute de mieux, pas par adhésion. Et ce vote-là s’envole dès lors qu’une meilleure option émerge ou que la gauche réinstrumente ses divisions.

Hollande sait de quoi il parle. Lui qui avait mis la gauche unie dans son poche en 2012 voit comment ce capital s’est éparpillé, comment les promesses de rassemblement se sont étiolées. Son avertissement au nouveau vainqueur de la primaire résonne comme une mise en demeure : non seulement unifier les socialistes et les centristes convertis ne suffira pas, mais encore faut-il que Glucksmann réussisse là où tant d’autres ont échoué.

La fenêtre se referme. En 2027, face au Rassemblement national ressoudé autour de Bardella et face à un Macron discrédité, la gauche française ne peut gagner que si elle accepte de cesser de s’éterniser dans les querelles d’appareil. Hollande le dit à voix haute : élargir ou disparaître. La balle est dans le camp de Glucksmann.

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