Le 1er novembre 2026, le gouvernement a déployé simultanément plusieurs mesures pour amortir l’inflation : libération de 10 millions de barils de gazole des stocks stratégiques, reconduction de la trêve hivernale interdisant expulsions et coupures d’énergie, revalorisation des retraites complémentaires Agirc-Arrco de 1,4%. Sur le papier, l’exécutif Lecornu affiche une volonté de protéger le pouvoir d’achat des ménages. Mais c’est en réalité un tour de passe-passe budgétaire, quand on regarde ce qui se dessine vraiment dans les alcôves du gouvernement.

La vérité se cache dans les textes législatifs en cours d’examen. L’un des reculs majeurs que le gouvernement est prêt à consentir concerne la non-revalorisation en 2026 des pensions de retraite du régime général et celle des minima sociaux. Autrement dit, pendant que les retraités Agirc-Arrco bénéficient d’une revalorisation de 1,4 % (destinée aux seuls salariés du privé ayant un régime complémentaire), ceux du régime général, les plus précaires, verront leurs pensions gelées. Une distinction qui signe l’indifférence du gouvernement face aux inégalités.

Les travailleurs ne sont pas épargnés. À compter du 1er novembre 2026, le plafond de salaire pris en compte pour calculer les indemnités journalières versées en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle est abaissé. Ce plafond est désormais fixé à 1,8 fois le Smic. Cette évolution peut entraîner une diminution des indemnités journalières pour les salariés dont la rémunération dépasse ce seuil. Ceux qui gagnent au-delà de ce seuil se verront amputer leur couverture sociale sans compensation réelle.

Le prix du gaz en France augmente de 6,6 % le 1er novembre, la troisième hausse mensuelle consécutive. Les ménages sur contrats liés au prix de référence paieront en moyenne 12 euros de plus en novembre qu’en octobre. Face à cette réalité économique brutale, les mesures gouvernementales apparaissent pour ce qu’elles sont : du théâtre politique.

Alors qu’une nouvelle journée de mobilisation nationale est organisée le 5 novembre, le gouvernement de Sébastien Lecornu doit répondre aux revendications sur le pouvoir d’achat. Entre contraintes budgétaires, ralentissement économique et absence de majorité à l’Assemblée nationale, les possibilités d’action de l’exécutif restent limitées. La mobilisation persiste précisément parce que les promesses sonnent creux. Les syndicats, les jeunes, les retraités l’ont bien compris : libérer quelques barils de gazole et reconduire une trêve hivernale que les précaires attendaient chaque année ne suffit pas à compenser le gel des pensions et l’érosion des indemnités.

La vraie question que pose cette séquence n’est pas technique. Elle est politique. Le gouvernement Lecornu choisit de préserver l’équilibre budgétaire en sacrifiant le filet social, plutôt que de rompre avec l’austérité. La ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a précisé que le gouvernement défendrait une hausse supplémentaire d’un milliard d’euros pour les hôpitaux. Un milliard d’euros pour un secteur en crise depuis des années ? C’est un pansement sur une plaie béante. Pendant ce temps, les coupes ailleurs se multiplient.

La rue l’a compris bien avant les ministres. Chaque samedi de mobilisation, chaque grève, envoie le même message : les Français ne se laissent pas bercer par des mesures de surface. Ils réclament une vraie redistribution, pas du saupoudrage. Lecornu se croit malin en jonglant avec les annonces ; il provoque en réalité une crise de confiance qui ne fera qu’amplifier la contestation.

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