Sébastien Lecornu a annoncé une conférence sociale pour le lundi 9 novembre à Matignon, réunissant organisations syndicales et patronales pour répondre aux questions sur le pouvoir d’achat et les salaires. Face à l’ampleur de la mobilisation du 5 novembre, le gouvernement tente un coup de poker risqué : convertir la colère des rues en négociation de couloir.

Mais cette stratégie est-elle autre chose qu’un aveu d’impuissance ?

L’événement de jeudi dernier a marqué un tournant. 600 000 personnes ont défilé en France, exprimant un ras-le-bol viscéral face aux politiques d’austérité qui écrasent les Français depuis une décennie. Les blocus lycéens, les grèves syndicales, les cortèges de travailleurs : la contestation a débordé tous les canaux traditionnels pour s’incarner dans une rue vivante et furieuse.

Face à cette déflagration, le Premier ministre a choisi la réaction classique : convoquer les partenaires sociaux autour d’une table. Une conférence sociale à Matignon portera exclusivement sur l’épineuse question des salaires et du pouvoir d’achat. Le message implicite : le gouvernement reprend les rênes, on oublie les barricades et on discute vraiment.

Sans majorité ni ressources

Le hic, c’est que Lecornu n’a rien à donner. Le gouvernement n’a « ni argent ni majorité » pour répondre à la crise sociale. L’Assemblée nationale a rejeté à l’unanimité le budget de l’État 2027 en première lecture. Pas un seul député, même macroniste, n’a voté pour. C’est dire la débâcle. Le gouvernement reste bloqué sur ses ambitions budgétaires, minées par un Parlement fragmenté que Lecornu ne peut ni convaincre ni contourner sans raviver les plaies.

Les syndicats, eux, arrivent à Matignon les mains pleines de revendications. Sophie Binet, patronne de la CGT, a clamé que la question n’était plus de savoir si les travailleurs allaient gagner, mais « combien » ils allaient obtenir. Le ton est fixé : ce n’est plus une demande, c’est une exigence. Les syndicats demandent des augmentations importantes, et le gouvernement a laissé entendre qu’une hausse du salaire minimum restait possible.

Le bras de fer de lundi

Reste que « possible » et « réalisé » sont deux univers politiques éloignés. Le gouvernement a crié à la solidarité budgétaire, parlé de sauvetage du filet social, promis des mesures contre la précarité énergétique. Mais chaque annonce butait contre la même muraille : pas de sous, pas de majorité. Les gestes de façade du mois d’octobre, les mesures lycéennes jugées « des miettes », ont creusé encore davantage le fossé de confiance.

Ce qui se joue lundi, c’est donc un bras de fer sous tension extrême. Lecornu doit trouver une solution politique à une crise qui a plusieurs causes. Or le traitement symptomatique ne suffira plus. Les Français ne veulent pas entendre parler d’ajustements cosmétiques ; ils demandent un changement de cap.

La conférence sociale n’est pas la réponse à cette demande. Elle est l’aveu qu’à gauche, le macronnisme est vidé de toute ressource de gouvernement. Pris entre l’austérité budgétaire qu’il s’impose à lui-même et la nécessité démocratique de répondre à la rue, le gouvernement joue sa dernière carte. Mais cette carte est marquée.

L’exercice s’annonce périlleux. Car derrière les négociations, plane une question plus large : ce gouvernement peut-il encore proposer autre chose que du triage des dégâts ? C’est ce qui se décidera dans les jours qui viennent.

By