Raphaël Glucksmann y est allé le 23 août au 20 heures de TF1 : candidature déclarée à la présidentielle 2027. Le signal était attendu, mais son timing reste révélateur d’une gauche en plein chaos, à six mois du scrutin. Loin des salons fermés du PS, le fondateur de Place publique a choisi la télévision de masse pour court-circuiter une primaire que son parti accepte de subir, mais dont il refuse les règles.
Cette annonce ne sortait pas de nulle part. Depuis plusieurs mois, Glucksmann envisageait son moment, cherchait la bonne fenêtre de tir. Elle s’est ouverte le 23 août, juste après les universités d’été de La France Insoumise, quand Jean-Luc Mélenchon a tonnoncé que son groupe votera la censure contre le budget gouvernemental. Le contexte politique devient flou, les règles du jeu se brouillent, la gauche doute. Parfait pour un candidat qui incarne une troisième voie.
Un point d’achoppement : l’alliance avec les insoumis
Car Glucksmann ne brise rien qui n’était déjà fêlé. Ce qu’il expose, c’est un désaccord fondamental au cœur du bloc de gauche : faut-il ou non s’allier avec la France Insoumise pour 2027 ? Le PS, torturé par la question depuis mois, rechigne à trancher. Place publique, elle, a tranché : non. Cette différence ne tient pas dans les nuances programmatiques, elle repose sur un choix d’identité politique.
La charte de la primaire censée encadrer le duel PS-Place publique comporte un vide vertigineux : elle n’inscrit nulle part le principe d’une non-alliance avec La France Insoumise après les résultats du scrutin interne. Les négociateurs de Place publique s’en affligent. Les socialistes esquivent. Ce qui aurait pu être un détail administratif devient le symptôme d’une fracture irrémédiable : la gauche a cessé de parler une langue commune.
Les sondages esquissent un duel Mélenchon-Le Pen
Pendant ce temps, selon un sondage Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL, Jean-Luc Mélenchon se positionne dans trois scénarios sur cinq pour franchir le premier tour face à Marine Le Pen. Ce dernier domine toujours très largement les intentions de vote, mais la configuration du scrutin reste ouverte. Aucun candidat progressiste n’écrase les autres. Glucksmann espère incarner l’alternative à la fois au macronisme dominant et à la radicalité insoumise.
Problème : cette alternance séduirait peut-être 15 à 20 % de la gauche urbaine, libérale et européiste. Insuffisant pour gagner face à la droite et l’extrême droite, mais assez pour balkaniser la gauche une fois de plus. Après les débacles électorales de 2017, 2022 et même les législatives de 2024, où le Nouveau Front Populaire fut obligé de se former par contrainte plutôt que conviction, la gauche semble incapable de tirer les leçons de son fractionnement.
Une primaire sans certitude
Glucksmann accepte formellement de participer à la primaire programmée par le PS et Place publique. Reste que ses ambitions débordent le cadre partisan. Il incarne une sensibilité progressiste, pro-européenne, attachée à la laïcité et hostileetà l’autoritarisme de Mélenchon. Sur le papier, c’est un bloc électoralement crédible. En pratique, c’est un bloc qui peine à se consolider autour d’une majorité claire.
Le 11 octobre, la gauche votait donc pour un nouveau candidat. Mais cet acte de désignation interne, s’il lisse les apparences d’une union de façade, n’efface pas le malaise sous-jacent : à gauche, on n’a pas réglé la question du « pourquoi ensemble ? ». On la repousse. Glucksmann, lui, a tranché : il court seul, en acceptant le détour par une primaire qu’il espère emporter.
