Le Rassemblement national s’est donné ce week-end une démonstration de force spectaculaire. Jordan Bardella a été réélu sans suspense, avec 98,98 % des voix, samedi 24 octobre, à la présidence du Rassemblement national. Seul candidat, il a transformé ce vote interne en démonstration de force, sous les yeux de plus de 76 000 militants rassemblés au Zénith d’Orléans.

Le score affiche une unité façade du parti d’extrême droite, mais dissimule mal les enjeux réels. Jordan Bardella tente de tourner la page de ces dernières semaines marquées notamment par des accusations d’écrits antisémites. Toujours promis à Matignon en dépit des accusations d’antisémitisme qu’il dément farouchement, il a ainsi repris son rôle de dauphin de Marine Le Pen. Ce timing politiquement parlant soulève des questions inconfortables : la réélection intervient au moment où la légitimité morale du RN, déjà poreuse, se trouve davantage écornée encore.

Une mobilisation antifasciste sans précédent

Mais la véritable histoire du 24 octobre se joue ailleurs qu’au Zénith. Une manifestation « antifasciste » a rassemblé dans le calme 13 000 personnes selon les autorités, 26 000 selon les organisateurs. Cette mobilisation massive revêt une signification symbolique majeure : la gauche, fragmentée depuis des mois autour de sa primaire, retrouve une forme d’unité face au danger que représente la progression électorale de l’extrême droite.

Les autorités avaient déployé d’importants moyens de sécurité, révélant une inquiétude légitime sur la capacité du RN à catalyser les tensions sociales. Des appels à des rassemblements non autorisés ont été effectués, dont le mot d’ordre est de se rapprocher du lieu où se tient le congrès du RN. La préfecture a d’ailleurs interdit toute manifestation dimanche dans une grande partie de l’agglomération orléanaise, au risque de braquer davantage les esprits.

Le temps presse pour la gauche

À trois mois de la présidentielle de 2027, cet événement fonctionne comme une mise en garde pour la gauche. Le RN consolide son appareil, mobilise ses militants, affirme sa cohésion. Pendant ce temps, la gauche progressiste demeure fragmentée, malgré la victoire récente de Raphaël Glucksmann à la primaire sociale-démocrate du 11 octobre.

Le défi est immense : transformer la mobilisation antifasciste de samedi en une force électorale suffisante pour contrarier le scénario du second tour Marine Le Pen contre Emmanuel Macron, que les sondages placent en tête des intentions de vote. La rue répond présent face au fascisme, mais c’est aux urnes que la véritable bataille se jouera.

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