La victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche du 11 octobre aurait pu marquer un tournant pour les progressistes. Trois semaines plus tard, les derniers sondages Ipsos rassurent à peine : le candidat issu de Place Publique se retrouve à la traîne face à une dynamique qui ne joue pas en sa faveur, celle de Mélenchon en ascension constante.
Les chiffres parlent. Jean-Luc Mélenchon progresse de deux points et atteint 17% dans chacune des hypothèses étudiées. Il se qualifierait pour le second tour dans toutes les configurations testées. Ce qui aurait pu sembler impossible à la gauche moderée il y a encore quelques mois devient peu à peu tangible : l’ancien candidat 2022 de La France insoumise vire en tête du camp progressiste, tandis que le tenant de l’unité social-démocrate perd du terrain.
Le problème s’énonce simplement. En excluant de fait La France insoumise du processus de la primaire du 11 octobre, les organisateurs cherchaient à construire une offre de gauche qui ne serait pas plombée par l’effet repoussoir de Mélenchon. Pari raté. Trois semaines après le scrutin, le candidat écartée revient en force tandis que celui qui incarnait le dépassement se trouve coincé entre deux réalités : celles des électeurs qui votent Mélenchon à gauche, et celle du centre-droit qui, lui aussi, peine à cristalliser son électorat.
Édouard Philippe recueillerait entre 13% et 15% des intentions de vote, en baisse de quatre points par rapport à septembre lorsqu’il est le seul candidat du bloc central. Il est devancé dans tous les cas par Jean-Luc Mélenchon. Le bloc central rencontre des difficultés structurelles : Attal, Philippe, Retailleau, chacun poursuit sa propre logique, divisé sur l’architecture même d’une éventuelle alliance.
Ce qui émerge de ce tableau, c’est une gauche fragmentée qui n’a pas résolu son équation fondamentale. Glucksmann peut afficher sa victoire à la primaire, elle n’est que celle d’une partie de la gauche, la portion social-démocrate qui refuse encore de compter Mélenchon. Or, six mois avant le scrutin du 18 avril 2027, ce refus n’existe que pour les appareils, pas pour les électeurs. Ceux-ci commencent à voter avec une logique simple : qui peut vraiment rivaliser à gauche?
Pour Le Gauche, le sens du mouvement ne saurait tromper. D’un côté, une gauche progressiste incarnée par un candidat issu d’une primaire que les plus puissants courants de gauche ont boycottée. De l’autre, un candidat porteur d’une autre vision, qui galvanise ceux qui refusent le renoncement. Les sondages esquissent une trajectoire que les observateurs redoutaient: le second tour pourrait bien opposer la France insoumise à l’extrême droite, transformant cette campagne en ultimatum.
