Le gouvernement Lecornu ne lâche rien. Face aux images de pillages et de violences du 17 octobre, il a choisi sa ligne : rejeter la faute sur une « nébuleuse d’extrême gauche » et des groupuscules ultragauches supposément organisés. Une rhétorique qui ressemble à s’y méprendre à un réflexe défensif, symptomatique d’une exécutif en perte de contrôle.

D’abord, le contexte : la journée nationale de mobilisation du 17 octobre contre la « vie chère » a connu des manifestations pacifiques, et en marge des violences et pillages d’ampleur. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ces débordements ont sidéré et mettent sous pression le gouvernement, critiqué pour sa stratégie de maintien de l’ordre. Voilà le nœud : ce n’est pas tant l’existence de violences qui pose problème à la gauche que la manière dont elles ont pu se produire et la réaction disproportionnée qui a suivi.

Un discours de culpabilisation à l’avance

Sébastien Lecornu et plusieurs de ses ministres n’ont cessé de pointer le rôle de groupes radicaux, pointant « la planification d’un schéma insurrectionnel mené par des groupuscules d’extrême gauche et de l’ultragauche ». Cette narratif est dangereuse, car elle criminalise d’avance toute protestation sociale et valide une escalade sécuritaire inévitable. Elle transforme un problème de maintien de l’ordre en menace existentielle pour l’ordre public.

Remarquons aussi l’imprécision calculée du discours gouvernemental. La France Insoumise conteste d’ailleurs le fait d’avoir été classée par le ministère de l’Intérieur dans le bloc « extrême gauche ». Lecornu mélange volontairement les genres : LFI, qui participe aux jeux électoraux, et de véritables groupes radicaux. C’est pratique pour justifier une surveillance globale de toute opposition.

Des mesures liberticides qui n’en finissent pas

Des couvre-feux ont été mis en place dans certains quartiers de Paris, Lyon et Lille pour les mineurs, après que le Premier ministre ait demandé aux préfets de « déclencher un certain nombre de couvre-feux » qui seront « partiels » et « localisés ». On connaît la musique : « temporaires » et « localisés » jusqu’à ce qu’ils deviennent la norme.

Ces mesures reflètent une stratégie du gouvernement à court terme : faire la démonstration d’autorité plutôt que d’affronter les revendications légitimes qui ont motivé la mobilisation. Car rappelons-le, la « vie chère » et l’état des lycées ne disparaîtront pas avec des couvre-feux pour mineurs à Paris.

Le syndicalisme orphelin

En recevant les syndicats, le gouvernement espère à la fois apaiser les tensions et leur redonner un rôle central dans la sortie de crise. Face aux violences et aux pillages, les syndicats peinent à faire entendre leurs revendications. Cette situation traduit une crise : le gouvernement dialogue avec les organisations établies en espérant qu’elles « canaliseront » la colère. Sauf que cela ne marche plus, et c’est justement ce qui l’inquiète.

La CGT a d’ailleurs condamné « la stratégie du chaos déployée par le gouvernement », critiquant autant les débordements que l’incurie de l’exécutif. Cette position traduit bien le désarroi : comment construire un front social quand le gouvernement mélange répression et inaction ?

Six mois avant le scrutin décisif

Il y a six mois de l’élection présidentielle, et le gouvernement Lecornu révèle son vrai visage : un exécutif incapable de gouverner par le dialogue, qui préfère la stigmatisation et l’ordre policier. Pire encore, il renforce involontairement les partis d’extrême droite en montrant qu’une autre démocratie est impossible.

La gauche doit saisir cette occasion pour proposer une alternative claire : écouter les revendications, résoudre les problèmes concrets (pouvoir d’achat, éducation) et construire un projet social authentique. Ce qui demande bien plus de courage que d’accuser des groupuscules de faire la révolution dans les rues.

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